Les femmes iraniennes veulent retourner au stade

Mardi 16 octobre, au stade Azadi de Téhéran, une centaine d’Iraniennes ont pu assister à la rencontre entre l’Iran et la Bolivie. Si ce n’est pas une première, cette présence féminine dans les gradins est rare. En Iran, habituellement, les femmes n’ont pas le droit d’aller au stade voir des hommes jouer au football. Elles ont toutefois été placées dans une tribune séparée pour assister à la victoire de la «Team Meli» (2-1).

Depuis le triomphe de la révolution islamique en 1979, les femmes sont interdites de stade pour les matches de football masculins. Cette mesure est régulièrement critiquée au sein même du système politique iranien. Le président iranien Hassan Rohani, qui passe pour un modéré, a dit à plusieurs reprises sa volonté de voir les femmes accéder aux stades, mais ce projet se heurte toujours à l’opposition du clan ultraconservateur.

Des femmes bravent régulièrement l’interdit

Lors du dernier Mondial en Russie, plusieurs milliers de femmes avaient été autorisées à entrer au stade Azadi pour une retransmission en direct sur écran géant de la rencontre face au Portugal. C’était la première fois qu’une retransmission pour un public mixte avait lieu dans une enceinte sportive.

En septembre 2017, un petit nombre de femmes élues au Parlement avaient été autorisées à assister à un match de qualification pour le Mondial russe entre l’Iran et la Syrie.

Depuis un certain temps, des femmes bravent régulièrement cet interdit en se déguisant à l’aide de perruques, de barbes ou moustaches postiches et d’amples vêtements masculins. Notamment pour assister au derby entre Persépolis et Esteghlal qui enflamme Téhéran. La revendication des femmes d’assister aux rencontres de football fait largement débat dans la société iranienne.

En 2006, le réalisateur Jafar Panahi lui a consacré un film, Hors-Jeu, l’histoire d’une fille déguisée en garçon et qui se rend au stade. Elle est arrêtée aux abords de l’enceinte et est confiée à la brigade des mœurs. Refusant d’abandonner, elle use de toutes les techniques possibles pour voir le match, malgré tout. Quand il s’agit de football féminin, seules les femmes ont le droit d’assister aux rencontres.

La FIFA interpellée

En mai dernier, un mouvement d’activistes intitulé « Let Iranian women enter their stadiums » s’est créé en Iran. L’objectif étant d’interpeller le président de la Fédération internationale de football sur la situation des femmes interdites de stade.

En septembre 2017, des femmes avaient acheté des billets pour une rencontre de l’Iran dans le cadre des qualifications du Mondial 2018. Jusqu’alors, après avoir coché le genre « femme », un message s’affichait sur l’écran pour les informer que l’achat de billet leur était impossible. Mais la Fédération iranienne de football avait très vite annoncé qu’il s’agissait d’une erreur technique !

Le 12 décembre, l’Arabie saoudite a autorisé pour la première fois des femmes à assister à un match de football. Dans quelques mois, elles pourront même s’y rendre en voiture. La supportrice iranienne, elle, attend toujours son tour.

Source : Rfi.fr